"Les tanins de l'art" expose Shantala // texte d'Adrien Goudier


"Les tanins de l'art" expose Shantala // du 10 juin au 31 Juillet 2021


"J'aurais pu appeler l'exposition "Les yeux grands fermés"...


Étrange nom pour une exposition d’art me direz-vous, presque absurde même tant l’œuvre
de Shantala nous intime l'ordre d’avoir tout nos sens en éveil, le regard curieux et met nos
émotions à fleur de peau. Mais la puissance et la profondeur du travail de l’artiste, nous
font par pudeur fermer les yeux…pour mieux le ressentir.


Shantala nous questionne frontalement sur notre positionnement de spectateur : ne
devons-nous rester que passif devant une oeuvre ? Ses toiles nous font perdre nos repères
et l’on s’égare avec délice dans l’abstrait de son travail. Mais peut-être pour mieux nous
retrouver. Car de ses toiles nous ne sommes pas uniquement témoins, mais en secret,
scénaristes de leurs histoires. L’oeuvre n’est alors réellement terminée et complète que
lorsque que nous la découvrons, l’analysons et que chacun y entrevoit sa vérité.


Le travail de Shantala n’impose rien, il suggère. La main de l’artiste nous invite à la suivre
dans son monde, mais c’est bien à nous de le décoder, de l’imaginer. 
De ces ciels vibrants,
vivants et lumineux, devons-nous nous projeter les prémices d’un orage à venir ou au
contraire y voir l’apaisement d’une colère déjà loin ? Et de ces personnages fins et droits,
comme un rappel à la verticalité du vivant, perdus dans l’immensité des espaces, que
devons-nous penser ? Sont-ils de simples souvenirs, de timides songes ? S’éloignent-ils de
nous ou tentent-ils de nous rejoindre ? C’est bien le spectateur le seul gardien de ces
réponses, qu’il devra aller chercher dans son coeur et son âme. Et comme pour mieux
réfléchir, il le fera parfois les yeux fermés.


Avoir les « yeux grands fermés » pour apprivoiser l’œuvre, la ressentir et la vivre dans toute
sa complexité. Pour mieux la regarder finalement.


Garder les « yeux grands fermés » pour tout simplement se rencontrer. Et rencontrer
Shantala.


Adrien Goudier - " Les tanins de l'art "